La série européenne d’entretiens sur l’Astrocartographie® 2025–26
Parmi les voix pionnières ayant contribué à inscrire l’astrocartographie dans la pratique professionnelle européenne, Faye Blake se distingue par sa capacité à articuler conseil en entreprise, psychologie et cartographie astrologique. Fondatrice de l’Amsterdam School of Astrology et titulaire d’un master en astronomie et astrologie culturelles de l’université de Bath Spa, elle consacre depuis plus de quarante ans son travail à traduire le langage planétaire en lecture stratégique des organisations.

Son essai de 2002, « The Business of Place and the Place of Business », publié dans l’ouvrage de Martin Davis From Here to There: An Astrologer’s Guide to Astromapping, demeure l’une des toutes premières études de cas européennes appliquant l’astrocartographie à la stratégie d’entreprise. J’ai découvert ce chapitre lors de ma formation en astromapping à Kepler College. Ensuite, j’ai assisté à un séminaire animé par Faye sur Cérès, dont elle continue d’explorer la symbolique environnementale.
Nous nous sommes retrouvées pour revisiter ces premiers travaux, son intérêt constant pour les champs planétaires, et la manière dont l’astrocartographie pourrait évoluer dans un monde de plus en plus façonné par l’entreprise, l’écologie et le mouvement.
Débuts professionnels et ancrage européen
« J’ai commencé comme astrologue professionnelle en 1986, lorsque je me suis installée à Amsterdam. J’avais étudié par correspondance dans les années 1970 en Nouvelle-Zélande, puis je suis devenue totalement passionnée par l’astrologie à Londres au milieu des années 1980. J’ai entendu parler de l’Astro*Carto*Graphy à cette époque. Lorsque j’ai commencé mon activité à Amsterdam, de nombreux clients expatriés venaient avec des questions de type “où”, ce qui m’a amenée à étudier la localité de manière plus approfondie. »

À une époque où peu d’astrologues travaillaient avec des thèmes de relocation, Blake répondait déjà aux besoins d’une clientèle internationale. L’environnement cosmopolite d’Amsterdam est devenu son terrain d’expérimentation. Le lieu où l’astrologie psychologique a rencontré les techniques cartographiques émergentes de Jim Lewis. À la fin des années 1990, elle intégrait déjà l’astrocartographie, les thèmes relocalisés et les directions en espace local dans sa pratique de conseil. Et ceci, plusieurs années avant que ce type de cartographie à plusieurs niveaux ne devienne courant en Europe.
Le cas KLM – lorsque les entreprises se relocalisent
« J’étudiais la fusion de KLM, qui était cliente à l’époque, avec Air France, basée à Paris. Puis, je travaillais en parallèle avec un autre client confronté à des questions de design et d’aménagement des bureaux. J’avais donc des exemples concrets sur lesquels m’appuyer. »

Son étude sur KLM s’appuyait sur le thème de naissance de la compagnie (du 7 octobre 1919 à La Haye). Une ligne Soleil–Descendant traversant Minneapolis correspondait à l’alliance conclue en 1989 avec Northwest Airlines. Tandis qu’une ligne Soleil–IC passant par Paris annonçait la fusion ultérieure avec Air France.
Dans son analyse de KLM, Blake a utilisé le thème de constitution de l’entreprise. Ensuite, elle appliquait des techniques d’astrolocalité afin d’examiner comment le champ opérationnel de la compagnie reflétait son identité corporative. Pour Blake, les thèmes d’entreprise répondent à la géographie de la même manière que les thèmes individuels. L’emplacement d’un siège social, d’un partenariat ou d’une acquisition reflète les configurations planétaires inscrites dans l’horoscope propre à l’entreprise.
“« L’AstroCartoGraphy offre une vue d’ensemble ; l’Espace Local, forme occidentale du feng shui, introduit une notion de proximité. Pour les clients d’entreprise, l’approche par le compas permet de clarifier où implanter des équipes, des bureaux, voire même des postes de travail, tandis que le thème relocalisé montre comment l’identité de l’entreprise se transforme sur un nouveau territoire. »
La combinaison de ces techniques s’est révélée remarquablement prémonitoire. Deux décennies plus tard, l’astrocartographie appliquée aux entreprises et le conseil en diagnostic des lieux continuent de se développer dans le sillage des orientations qu’elle avait tracées au début des années 2000.
Relocalisation et vocation
“« La relocalisation s’intéresse à la question du “où” : ce que l’on rencontre ailleurs, ce que l’on peut y apprendre. Elle n’a rien à voir avec la vocation. La vocation se lit dans le thème natal — on peut courir, mais on ne peut pas se cacher. La vocation relève d’un appel intérieur ; certains lieux sont plus favorables parce qu’ils vous soutiennent. »
La clarté de sa position est désarmante : la relocalisation révèle un contexte, pas une finalité. Cette nuance permet sans doute de comprendre pourquoi son travail résonne autant auprès des astrologues d’entreprise aujourd’hui, qui recherchent des villes ou des régions capables de soutenir des objectifs existants plutôt que de redéfinir la raison d’être d’une organisation.
Sa méthodologie met l’accent sur l’environnement – un fil conducteur qui mène directement à son intérêt de longue date pour Cérès.

Cérès et la géographie de la croissance
« Mon intérêt s’est développé lorsque j’ai rédigé un mémoire de master sur les champs morphiques et Uranus. Peu après, en 2006, Cérès a été reclassée comme planète naine, au même titre que Pluton. Selon le principe “ce qui est en haut est comme ce qui est en bas”, je me suis demandé ce que cela impliquait pour l’astrologie en termes de champs morphiques et, plus largement, pour tout ce qui concerne Cérès. Pourquoi devenait-elle importante à ce moment-là, et pourquoi revenait-elle dans la conscience collective ? Depuis, j’ai développé un corpus conséquent de travaux sur Cérès. Elle ne concerne pas la vocation en tant que telle : son lien est environnemental – des espaces adaptés pour travailler ou installer un bureau, des villes ou des pays appropriés, ainsi que les collègues avec lesquels on évolue. »
Blake décrit souvent Cérès comme « un antidote aux excès de Pluton », un archétype planétaire qui rétablit l’équilibre et réintroduit le soin là où l’intensité ou le pouvoir tendent à dominer.
Dans la pratique, elle observe que Cérès résonne fréquemment à travers des entreprises ancrées dans des problématiques environnementales. « Si la mission d’une entreprise concerne l’apiculture, la panification, l’énergie verte, le recyclage ou la santé naturelle, explique-t-elle, je peux suggérer d’examiner des lieux qui mettent en valeur les signatures de Cérès. »
Pour elle, Cérès mesure l’écologie d’un thème. Il s’agit de comprendre comment un lieu soutient la vitalité. En astrocartographie appliquée à l’entreprise, cela devient une question d’adéquation. Afin de déterminer si une culture d’entreprise, un partenariat ou une implantation permet au système de s’enraciner durablement. Blake utilise la métaphore d’être « planté dans la bonne terre ». L’accent porte moins sur l’expansion que sur la justesse de la relation. Là où une organisation ou un individu peut prendre racine et se développer de manière cohérente.


Cérès dans son propre thème
« J’ai Cérès à côté de Mercure dans mon thème. La communication est essentielle pour que je me sente à l’aise, j’ai donc eu besoin d’apprendre le néerlandais. »
Elle précise que ces deux planètes se situent dans sa septième maison. C’est une configuration cohérente pour quelqu’un dont la vie professionnelle repose sur la collaboration et le dialogue. Blake sourit en se décrivant elle-même comme « la lobbyiste de Cérès ».

Cette remarque saisit l’essence même de son travail : une vie construite sur la conversation, à travers les langues, les cultures et les systèmes symboliques. L’association Cérès–Mercure suggère non seulement une aisance verbale, mais aussi l’élan de nourrir par le dialogue, de faire grandir la compréhension plutôt que de l’imposer.
Pour une personne dont l’identité professionnelle est indissociable de l’enseignement international, cette symbolique est particulièrement parlante. Ses conférences sur Cérès sont devenues, à bien des égards, des démonstrations vivantes de l’archétype lui-même : rétablir l’équilibre, créer des ponts entre les points de vue et cultiver le développement par la communication.
Résonance culturelle et clarté éthique
« Astro.com donne l’impression que tout est simple. Si vous allez dans un lieu où Vénus est forte, vous rencontrerez l’amour de votre vie. Ou Neptune vous rendra spirituel. J’essaie d’expliquer que l’on emporte toujours l’ensemble de son thème avec soi, aspects compris. Lorsqu’une planète se trouve sur un angle, sa signature devient centrale dans ce lieu. Cela peut être très porteur, ou au contraire confrontant. L’astrolocalité montre comment un lieu vous affecte, quelles dynamiques vous y rencontrerez. Et cela peut déjà être considérable. »
Sa manière de travailler avec les clients reflète cette même nuance. Au lieu de chercher quelles lignes seraient favorables ou défavorables, elle invite à formuler des questions plus ancrées : « Que se passe-t-il si j’ouvre un bureau à Shanghai ? Si j’accepte une offre d’emploi au Portugal plutôt qu’en France ? » Pour Blake, une astrocartographie éthique repose sur la clarté et sur la capacité à aider les personnes à poser de meilleures questions. Ce principe structure également ma propre approche de l’astrocartographie orientée vers des objectifs précis.
Le réalisme de Blake fonde son autorité. Dans une discipline souvent idéalisée par les nouveaux venus, elle réinstalle la précision et le sens des responsabilités, des qualités qui définissent sa réputation à l’échelle de l’astrologie européenne.
Au-delà de la carte – champs morphiques et avenir de l’astrolocalité
« L’astrologie peut être envisagée comme l’expression d’un champ plus vaste auquel l’expérience humaine participe. Nous entrons en résonance avec les champs planétaires, mais je perçois cela davantage comme un phénomène de conscience que comme une énergie au sens scientifique du terme.»
Cette affirmation dépasse la seule géographie. Dans son essai de 2009, Towards a Responsible Astrology of the Future, Blake a relié Cérès et les planètes naines aux champs morphiques, suggérant que les archétypes planétaires pourraient opérer par résonance.
« Ce que nous apprenons sur l’évolution de la Terre et les notions d’élévation de la conscience pourrait indiquer que nous sommes davantage en phase avec nos “lieux planétaires”. Les techniques astrologiques resteront les mêmes, mais nous pourrions mieux comprendre pourquoi l’astrocartographie fonctionne. Il s’agirait alors de notre lien avec la Terre, avec les ancêtres, et avec des empreintes issues de vies passées – même s’il s’agit là de champs disciplinaires distincts. »disciplines.”
Pour les astrocartographes, ces réflexions esquissent une discipline en constante expansion, susceptible d’interroger non seulement les lieux où nous vivons, mais aussi la manière dont nous nous déplaçons à travers l’espace symbolique et relationnel.
Héritage et réflexion
« La finalité, non. Le lieu, oui. Toutes les planètes et les astéroïdes fonctionnent de la même manière en astrolocalité : ils mettent en relief les archétypes du corps concerné. »
Dans What is a Man?, vous avez exploré l’évolution des représentations de la masculinité et du genre dans la culture contemporaine. Interrogée sur l’usage croissant de Cérès en astrologie et sur la possible réintroduction d’archétypes dits féminins, Faye répond :
« L’élargissement des archétypes associés au féminin est un sujet bien plus vaste. Il existe aussi un appel à abandonner les termes “féminin” et “masculin”. Tous les archétypes planétaires peuvent servir d’indicateurs ; il nous appartient d’accomplir notre propre travail intérieur. »
Ses remarques de conclusion sont à son image : concises, intégratives et discrètement transformatrices. Le parcours de Faye Blake incarne la continuité de l’astrologie européenne elle-même. A la fois pratique, solidement ancrée sur le plan intellectuel et ouverte à de nouvelles dimensions de sens.

À propos de Faye Blake
Faye Blake est une astrologue, consultante et conférencière née en Nouvelle-Zélande, ainsi que la fondatrice de l’Amsterdam School of Astrology. Elle est titulaire d’un master en astronomie et astrologie culturelles de l’université de Bath Spa (2004). Aussi, elle a été membre du conseil d’administration de l’Association astrologique néerlandaise (ASAS).
Son travail de consultation et d’enseignement intègre le mythe, la psychologie et le développement des organisations, proposant une approche vocationnelle et géographique qui relie compréhension personnelle et lecture organisationnelle. Elle est l’auteure de Vocational Astrology: Finding the Right Career Direction et intervient régulièrement comme conférencière à l’international.
En septembre 2026, elle donnera deux conférences consacrées à Cérès lors de la United Astrology Conference (UAC) à Chicago : The Life Cycle of Women: Dangerous Women to the Rescue et Uncovering the Basis of Health Issues Using the Life Clock and Using Ceres to Help Heal.
Aujourd’hui, Faye Blake poursuit le développement de ses recherches appliquées à travers l’Amsterdam School of Astrology. Egalement, elle propose des programmes de mentorat.
Site internet: https://www.asastrology.nl
Faye Blake, Vocational Astrology: Finding the Right Career Direction.
Flare Publications, London, 2018.
Disponible auprès des libraires européens agréés.
Clôture éditoriale
Cette conversation inaugure la série d’entretiens européens en astrocartographie. C’est un ensemble de voix qui façonnent l’astrologie des lieux à l’échelle du continent. La synthèse proposée par Faye Blake – reliant stratégie d’entreprise, conscience écologique et résonance morphique – rappelle que la cartographie de demain ne tracera pas seulement des longitudes et des latitudes, mais aussi les champs à travers lesquels la vie et les activités humaines continuent de se développer.
Cette conversation n’en marque que le début. Les prochains chapitres de la série nous feront traverser des latitudes changeantes – des centres universitaires allemands aux côtes du Danemark, puis vers des territoires façonnés par la lumière arctique. Chaque entretien offre bien plus qu’un simple déplacement géographique. Il révèle la manière dont différents astrocartographes – certifiés ou qualifiés – travaillent, pensent et interprètent la carte.
Pour la première fois, leurs approches sont documentées côte à côte. On observe comment chacun évalue l’angularité planétaire, lit le contexte culturel, navigue les latitudes extrêmes ou intègre des techniques satellitaires rarement abordées publiquement. Ensemble, ces échanges posent les bases d’une communauté astrocartographique européenne visible, tout en préservant le savoir de praticiens dont les méthodes n’avaient encore jamais été comparées, consignées ou partagées de cette manière.
Ils montrent que le lieu n’agit jamais seul : l’interprète compte tout autant. À travers ces voix, le champ de l’astrocartographie continue d’évoluer, en temps réel.

Comments +